Par une introduction en Bourse, une société vise, afin d’augmenter son capital, à offrir à des épargnants ou des investisseurs la possibilité d'acheter des ‘actions’, sous le contrôle d'une autorité qui veille à ce que l’entreprise en question respecte certaines obligations de transparence vis-à-vis de ses actionnaires. L’investisseur qui achète des actions espère bien entendu en retirer des dividendes (parts du bénéfice).
C'est en Angleterre, berceau du football, qu'est née l’idée de la cotation en Bourse des clubs de football. Tottenham fut le premier à s’engager dans cette aventure financière en 1983. Aujourd’hui, 19 des 37 clubs cotés sont anglais. Parmi eux, citons entre autres Arsenal (1995) ou Newcastle (1997). Manchester United, lui, est entré en Bourse, en juin 1991. Son titre valait alors 16,67 livres. Dix ans plus tard, il était coté à 171,67 livres mais le club s’est retiré de la cotation à la Bourse de Londres lors de son rachat par la famille Glazer, en juin 2005.
Des clubs d’autres pays européens se sont également lancés sur le marché boursier: le Grasshoper Zurich dès 1997, l’AS Roma, le FC Porto, l’Ajax Amsterdam en 1998, la Lazio de Rome et le Borussia Dortmund en 2000, la Juve en 2001, etc.
Pourtant, des analystes avaient déjà fait part de leur scepticisme. Ainsi Mark Corbidge, président de Corbidge Capital Consultants Limited, qui a piloté l'entrée en bourse de Newcastle. En janvier 1999, il avertissait déjà que :
"la valeur moyenne des actions des clubs de football a nettement moins augmenté que la moyenne des cours au Stock Exchange de Londres. Les clubs de football, avec les jeunes joueurs dont la valeur future ne peut être connue, peuvent être comparés à des sociétés pharmaceutiques qui vont lancer de nouveaux médicaments". En d’autres termes, les investisseurs prennent beaucoup de risques car le ‘return’ est très incertain.
Au niveau belge, Anderlecht et Charleroi étudient néanmoins cette possibilité en 2002. S’ils y renonceront assez rapidement, ce ne sera pas le cas du Standard. Pourtant, dans un entretien accordé à Foot Magazine, le 21 octobre 1998,
Robert-Louis Dreyfus, nouvel argentier du club du club estimait, lui aussi, qu’il était :
“moins favorable à une entrée en Bourse. En affaires tout est clair, mais le foot doit tenir compte de la glorieuse incertitude du sport. A part Manchester et quatre ou cinq autres clubs, c’est plus délicat pour les autres. Je ne crois pas que ce soit une bonne solution pour l’actionnariat.” La situation semble donc avoir évolué lorsque, dans une interview accordée au Soir le 21 mars 2002,
Luciano D’Onofrio évoque, du bout des lèvres, l’entrée en Bourse du Standard comme étant une option
"qui pourrait donner un nouvel élan au club". Le journal économique l’Echo confirme, fin décembre 2002, cette intention du Standard. Elle ne ferait toutefois pas l’unanimité au sein du conseil d’administration, comme le déclare l’un de ses membres, Jean-Pierre Grafé le 27 décembre sur les ondes de la RTBF.
Le quotidien français Le Monde ira plus loin affirmant dans son édition du 23 décembre 2003 que :
“Début 2002, le Standard de Liège a ainsi passé contrat avec l'un des principaux établissements financiers français spécialisés dans l'introduction boursière - Europe Finance et Industrie (EFI) (…) - dans le but d'accéder au marché libre d'Euronext Paris.” Pourquoi la Bourse de Paris ? Parce qu’il n’existe, à l’époque, pas de marché libre à Bruxelles pour ce type de transaction. La situation est pour le moins cocasse puisque si la loi française du 26 décembre 1999 interdit aux clubs professionnels de s'introduire en Bourse, elle ne s’applique pas aux clubs étrangers. Ce qui fait dire au Monde que l’une des raisons de ce projet serait le souhait de Robert-Louis Dreyfus, actionnaire majoritaire du Standard mais aussi de l’OM, de faire comprendre au ministre français des sports de l'époque que cette loi n'a aucun sens dans un marché européen.